L’atonalisme. Et après ?

Voici une conférence passionnante sur les musiques tonales et atonales, donnée par Jérôme Ducros au Collège de France le 20 décembre 2012. Cette intervention vigoureuse a ceci d’intéressant qu’elle permet de tirer un trait sur les efforts que peut faire un homme populaire, à mon image, pour tenter désespérément de tirer quelque chose de bon de la musique atonale tant appréciée d’Adorno. Le malaise qui sourd lors de telles écoutes se trouve ici expliqué avec brio par Jérome Ducros qui joint le geste à la parole en jouant lui-même des extraits très parlants.

Ce qui est encore meilleur est la morgue des mandarins, les révolutionnaires salariés de la musique contemporaine qui ont lancé une polémique, procédant à une Reductio ad Hitlerum tout à fait caractéristique de ceux qui n’ont rien à dire. La page wikipédia de Jérome Ducros rend compte de ces débats d’une violence en tout point caractéristique.

Au delà encore, comment ne pas trouver ici un signe supplémentaire de notre effondrement? De cette panne de l’imagination des modernes qui les pousse à pallier leur manque d’inspiration par une tabula rasa qui participe de la désorientation de tous les esprits de notre temps?

Jérome Ducros est, cependant, peut-être un peu trop optimiste quand il prédit le retour du tonalisme. En effet, l’avènement de l’atonalisme ne coincide-t-il pas avec une tendance profonde de la société de classes en voie d’effondrement, avec l’avènement d’une classe dominante totalement déconnectée du réel, de l’humain? Jérome Ducros aurait raison si le bon sens était encore aux commandes dans notre civilisation, mais la notion de vérité est en train de s’écrouler dans le chaos totalitaire actuel, tous les champs qui constituaient la vie humaine sont institutionnalisés, qu’il s’agisse d’éléments aussi éparses que la culture ou la santé. Ils ne disent plus rien de ce qu’est l’humain, ils sont des fabrications intentionnelles d’une oligarchie dégénérée.

La musique atonale n’est-telle pas l’expression d’une classe sociale – la dominante – qui range tous les individus qui ne peuvent l’apprécier (parce qu’elle ne correspond pas à leur expérience du monde) dans le même sac de la société de masse? N’est-elle pas l’expression d’une posture de l’industrie culturelle, outil aux mains de la classe dominante, pour confisquer l’art et le rendre insignifiant?

Dans cette configuration, l’autonomie, le sens de la liberté qui habitent toute communauté humaine, et font sa complexité, sont congédiés au profit de l’hétéronomie, d’un mouvement général de rationalisation de la vie, voire du réel. Ainsi la culture est-elle aujourd’hui davantage un champ de bataille entre professionnels en quête de rémunérations symboliques et matérielles qu’un lieu d’expression de cette dialectique puissante qui met l’individu au défi d’exister malgré son intégration dans la société.

Suite à la censure de Rumble par la junte française, voici la vidéo avec Odysee (bien qu’il faille boycotter cette plateforme qui a accepté de censurer les sites d’information russes) :

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